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mardi 9 février 2010

Le prix Versele à la bibliothèque

On ne présente plus le prix Versele, organisé depuis plus de 20 ans par la Ligue des Familles autour de la littérature destinée aux 3-12 ans : 6 tranches d'âge, 6 livres chouettes dans chaque tranche d'âge, et l'occasion pour tous les enfants de voter pour leur livre préféré !
Si vous n'y avez pas encore participé avec vos enfants ou vos élèves, la bibliothèque vous propose de prendre en marche le train des histoires!
Nous mettons à la disposition des lecteurs tous les livres présélectionnés et les racontons également aux classes qui le souhaitent, sur rendez-vous. Enseignants, n'hésitez pas à nous contacter, nous recevons les groupes scolaires tous les jours de la semaine.
Vous trouverez la liste des livres de la sélection 2010, et les bulletins de vote sur le site www.citoyenparent.be

Isabelle P.

mercredi 3 février 2010

Cherche la petite bête!


"Cherche la petite bête!", c'est un album foisonnant de formes et de couleurs, dans un graphisme très élaboré sous son apparente simplicité, avec des réminiscences rigolotes aux années 70.
Sur chaque page, l'enfant est invité à retrouver un poussin égaré, un oursin qui joue à cache-chache avec son papa, un paon qui fait son intéressant... pas toujours évident, c'est moi qui vous le dis! :-)
A la section Jeunesse, on s'est toutes bien amusées... à votre tour, l'album vous attend à la bibliothèque!

Cherche la petite bête!, par Delphine Chedru, ed. Naïve, 2008.

Isabelle P.

lundi 1 février 2010

Au rebond


Après "Un endroit pour vivre", que j'avais beaucoup aimé (voir l'article du 24/11/2009), voici un autre roman de Jean-Philippe Blondel qui est aussi pour moi un vrai coup de coeur.
Le narrateur, c'est Alex, 15 ans. Il vit seul avec sa mère dans un tout petit appartement de banlieue. Ils s'aiment, tous les deux, mais ont bien du mal à se le dire. Il la trouve ringarde et intrusive, elle a du mal à supporter ses silences et son je-m'en-foutisme apparent.
Au club de basket, Alex a un copain, Christian, dont il est un peu jaloux. Christian vit dans une grande maison et n'a pas de fins de mois difficiles, lui!
D'ailleurs, quand son pote s'absente deux semaines du lycée, Alex est persuadé qu'il a pris des vacances exotiques quelque part avec ses parents. Les apparences pourtant cachent parfois une tout autre réalité : le père de Christian est parti, sa mère perd tout à fait les pédales entre alcool et médicaments, et l'adolescent n'arrive pas à faire face. Mais c'est compter sans la mère d'Alex, ringarde peut-être, mais pleine de ressources, au grand étonnement de son fils. Entre ces quatre personnages un peu cabossés par la vie, des liens vont se nouer, de cette sorte qui vous font vous sentir plus forts, parce qu'ensemble. Ensemble c'est tout, comme dirait Anna Gavalda :-)
On est dans l'amitié, la générosité, la complicité, et de nous raconter tout cela, Alex et Jean-Philippe Blondel nous font un bien fou. Et tant pis pour les grincheux qui pensent que c'est trop beau pour être vrai!

Au rebond, par Jean-Philippe Blondel, éditions Actes Sud junior (romans ados), 2008, 99p.

Isabelle P.

samedi 9 janvier 2010

Le premier qui pleure a perdu



Pour Junior, jeune indien de 14 ans, la vie dans sa réserve est loin d'être une partie de plaisir. Sa description de lui-même dans les premières pages de son récit est sans concession : hydrocéphale, les yeux de traviole, zozotant et zézayant... un vrai gogol, quoi! "Et vous savez ce qui arrive aux gogols sur la réserve? On se fait tabasser. Au moins une fois par mois. Eh ouais, je fais partie du Club du Coquard du Mois..."
Pourtant, à travers tout, Junior avance : contre l'avis de tous, il décide d'aller au lycée des Blancs, seul moyen à ses yeux de conquérir un avenir digne de ses rêves.
Tout ceci pourrait paraître épouvantablement triste et misérabiliste, mais il n'en est rien. On sourit au contraire beaucoup à la lecture des tribulations de Junior, éternel optimiste, capable de rire de tout et surtout de lui-même, et qui se donne les moyens de briser à son niveau la manière d'être qui maintient son peuple dans la pauvreté et le marasme. Un incroyable hymne à la vie et à l'espoir!
Dans une interview parue dans la revue Citrouille de novembre 2008, Sherman Alexie, déjà auteur de plusieurs romans pour adultes centrés sur la réalité vécue par les Indiens aux Etats-Unis raconte la genèse de ce roman spécifiquement écrit pour les ados. Il le qualifie d'"émotionnellement autobiographique". Traître pour les siens, indésirable pour les autres, il lui a fallu comme à son héros une bonne dose de pugnacité pour briser cette sorte d'"enchantement négatif" qui s'attache à son peuple.
Du même auteur, et sur les conseils d'une lectrice de ce blog, j'ai lu aussi "Flight", paru en littérature adulte, et dans lequel j'ai retrouvé, quoique dans un langage plus cru :-)le même humour féroce du héros, envers les autres et lui-même.
Surnommé Spots, à cause de l'acné qui lui dévore le visage, l'adolescent, personnage principal de ce roman, a déjà connu 20 foyers d'accueil différents, et sa vie entière tient dans un petit sac à dos. Plein de rage contre le monde dans lequel il vit, il finit par braquer une banque, tirant indistinctement sur tout ce qui bouge.
Atteint d'une balle dans la tête, il se retrouve dans une sorte de voyage dans le temps où il est tour à tour un agent du FBI, un ado indien lors de la bataille de Little Big Horn, un soldat de la cavalerie américaine qui extermine un village indien en représailles d'un massacre de colons....
Comme tous les romans de Sherman Alexie, Flight est la transposition, ici sous forme de fable fantastique, de la réalité indienne. Un témoignage d'autant plus marquant par le ton employé, qui souligne le tragique vécu au quotidien par Spots et les siens.


Le premier qui pleure a perdu, par Sherman Alexie, ed. Albin Michel (Wiz), 2008, 280p.

Flight, par Sherman Alexie, ed. Albin Michel (terres d'Amérique), 2008, 200p.

Isabelle P.

lundi 28 décembre 2009

La maladie de Camilleri


Dans « Le tailleur gris », Camilleri laisse tomber l’humour, même si le personnage principal est au début du livre plutôt cocasse. C’est un ancien banquier fraîchement retraité qui se demande, dès le premier jour, ce qu’il va bien pouvoir faire de tout ce temps libre. Mais voilà que cette nouvelle vie va vite s’avérer moins lumineuse qu’il ne l’espérait. En effet, il se rend compte, son esprit n’étant plus occupé par son travail, que sa jeune épouse le trompe, et pas qu’un peu, depuis assez longtemps. Loin de lui l’idée de vengeance, vu la différence d’âge entre eux deux, il se fait rapidement une raison ; mais ça ne l’empêchera pas de mener sa petite enquête. Cocu, oui, mais complètement ignorant, non.

Jusque là, on reste dans le style Camilleri, mais le récit glisse lentement vers un aspect totalement nouveau chez l’écrivain sicilien. Une atmosphère beaucoup plus tendre, intime et triste voit le jour. Camilleri devient beaucoup plus introspectif qu’à son habitude. Il nous parle de choses assez douloureuses qui nous rappellent que l’écrivain vient d’atteindre ses 84 balais et que, peut-être, il se met à voir la vie différemment.

C’est avec un peu d’inquiétude que l’on quitte « Le tailleur gris », on a l’impression que l’auteur veut nous dire quelque chose, veut nous faire part de son inquiétude. Une ombre inquiétante pèse sur ce livre, mais espérons que ce n’est qu’un livre et que Camilleri ne tire tout ça que de son imagination fertile.

Le tailleur gris, par Andrea Camilleri, éd. Métaillié, 2009, 135 p.

Par Pierre C.

lundi 21 décembre 2009

Une promesse


Une petite maison, dans un village de Mayenne. Chaque jour, quelqu'un y entre.
Le lundi, Paradis ouvre les portes et remonte la petite horloge suisse. Le mardi, Leo fait sonner la cloche pour annoncer sa visite. Le mercredi, Berthevin allume les lampes. Le jeudi, Madeleine dresse la table du souper...
Dans la maison, il y a Etienne et Fauvette, cheveux blancs et gestes mesurés de ceux qui ont déjà beaucoup vécu. Elle fait des mots croisés, il contemple sa collection de timbres et note dans un petit cahier le jour et l'heure de chaque visite. Pourtant, visiteurs et visités ne se croisent jamais...
L'histoire commence ainsi, à petits pas feutrés comme ceux d'Etienne et Fauvette.
L'auteur installe une ambiance, le lecteur s'y installe à son tour. Je n'ai pas envie d'en dire plus, les mots de ce roman parlent d'eux-mêmes. On en sort ému, touché au coeur par ces personnages poignants, soudés par une solidarité et une fidélité hors du commun.
Journaliste à "Libération" pendant de nombreuses années, Sorj Chalandon a reçu pour "Une promesse" le prix Medicis en 2006.

Une promesse, par Sorj Chalandon, ed. Grasset, 2006, 274p.

Isabelle P.

samedi 19 décembre 2009

Un belge à Tokyo


En ce qui concerne l’histoire de « La vérité sur Marie », rien de très original : un homme retrouve son ancienne copine et se remémore leur ancienne relation. Elle (Marie) vient de connaître une mésaventure avec son nouveau copain et, ayant besoin de réconfort, elle le supplie de venir la rejoindre.

Mais au niveau de l’écriture, ce livre est une merveille. Rien que la scène du cheval qui s’enfuit sur la piste de l’aéroport de Narita à Tokyo vaut à elle seule le détour. Les descriptions que Jean-Philippe Toussaint nous fait de cet événement incongru sont tout à fait époustouflantes. Même si c’est sans doute la seule chose qui restera dans nos esprits après la lecture de ce livre, cette scène est désormais à classer, du point de vue stylistique, dans les plus belles pages de la littérature française. On y voit un superbe cheval de course que l’on tente par tous les moyens de faire rentrer dans un avion et qui se met à paniquer et s’enfuir dans la nuit la plus sombre et la plus froide de Tokyo.
Une superbe scène cinématographique n’aurait pu faire mieux. On y est également sur cet aéroport de Narita, on sent l’odeur et la panique du cheval terrifié, on sent la pluie fine et glaçante qui met en évidence la chaleur animale de la bête qui se débat. On y est, on aimerait intervenir, donner un coup de main à tous ces hommes perdus et impuissants, et c’est alors que l’on se rend compte qu’on est juste en train de parcourir des yeux une suite de simples mots écrits par un virtuose de la langue française. Tant pis, j’oublie que j’ai un livre entre les mains, et je retourne de suite à Tokyo pour y retrouver ce cheval fuyant en espérant qu’on finira bien par l’attraper.

Beaucoup de tendresse, de tristesse et quelques passages plus humoristiques dans ce très beau livre du belge Jean-Philippe Toussaint, ce grand monsieur discret de la littérature française.

La vérité sur Marie, par Jean-Philippe Toussaint, éd. De Minuit, 2009, 204 p.

Pierre C.