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samedi 9 janvier 2010

Le premier qui pleure a perdu



Pour Junior, jeune indien de 14 ans, la vie dans sa réserve est loin d'être une partie de plaisir. Sa description de lui-même dans les premières pages de son récit est sans concession : hydrocéphale, les yeux de traviole, zozotant et zézayant... un vrai gogol, quoi! "Et vous savez ce qui arrive aux gogols sur la réserve? On se fait tabasser. Au moins une fois par mois. Eh ouais, je fais partie du Club du Coquard du Mois..."
Pourtant, à travers tout, Junior avance : contre l'avis de tous, il décide d'aller au lycée des Blancs, seul moyen à ses yeux de conquérir un avenir digne de ses rêves.
Tout ceci pourrait paraître épouvantablement triste et misérabiliste, mais il n'en est rien. On sourit au contraire beaucoup à la lecture des tribulations de Junior, éternel optimiste, capable de rire de tout et surtout de lui-même, et qui se donne les moyens de briser à son niveau la manière d'être qui maintient son peuple dans la pauvreté et le marasme. Un incroyable hymne à la vie et à l'espoir!
Dans une interview parue dans la revue Citrouille de novembre 2008, Sherman Alexie, déjà auteur de plusieurs romans pour adultes centrés sur la réalité vécue par les Indiens aux Etats-Unis raconte la genèse de ce roman spécifiquement écrit pour les ados. Il le qualifie d'"émotionnellement autobiographique". Traître pour les siens, indésirable pour les autres, il lui a fallu comme à son héros une bonne dose de pugnacité pour briser cette sorte d'"enchantement négatif" qui s'attache à son peuple.
Du même auteur, et sur les conseils d'une lectrice de ce blog, j'ai lu aussi "Flight", paru en littérature adulte, et dans lequel j'ai retrouvé, quoique dans un langage plus cru :-)le même humour féroce du héros, envers les autres et lui-même.
Surnommé Spots, à cause de l'acné qui lui dévore le visage, l'adolescent, personnage principal de ce roman, a déjà connu 20 foyers d'accueil différents, et sa vie entière tient dans un petit sac à dos. Plein de rage contre le monde dans lequel il vit, il finit par braquer une banque, tirant indistinctement sur tout ce qui bouge.
Atteint d'une balle dans la tête, il se retrouve dans une sorte de voyage dans le temps où il est tour à tour un agent du FBI, un ado indien lors de la bataille de Little Big Horn, un soldat de la cavalerie américaine qui extermine un village indien en représailles d'un massacre de colons....
Comme tous les romans de Sherman Alexie, Flight est la transposition, ici sous forme de fable fantastique, de la réalité indienne. Un témoignage d'autant plus marquant par le ton employé, qui souligne le tragique vécu au quotidien par Spots et les siens.


Le premier qui pleure a perdu, par Sherman Alexie, ed. Albin Michel (Wiz), 2008, 280p.

Flight, par Sherman Alexie, ed. Albin Michel (terres d'Amérique), 2008, 200p.

Isabelle P.

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